Chapitre 11 - Un hivernage au royaume des glaces ..Chapter 11 - A wintering in the kingdom of ice

 

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Le 25 novembre 2015 c’est l’heure. À Saqqaq le village, où il a vécu tout le monde le prend pour un fou ! Quelle idée ! Mais ce moment, il en rêvait depuis toujours. À cette période de l’année le soleil ne se lève plus, les amarres sont larguées par une nuit glaciale, il fait -20° tout est gelé sur le pont. Encerclé par la glace, Guirec peine à quitter le petit port.  

L’équipage hivernera sans assistance, ni moyen de communication en presque totale autonomie (36kg de riz pour lui, 60 kg de graines pour Monique). À bord, la vie n’est vraiment pas drôle tous les jours.

Le vent pousse dans la baie d’énormes icebergs qui menacent d’entraîner Yvinec se briser sur la côte. Pour éviter la catastrophe, Guirec doit quotidiennement remonter les 80 mètres de chaînes à bout de bras et changer d’emplacement. Parfois à peine la manœuvre terminée, un autre iceberg pointe le bout de son nez.

Guirec est à bout de force, mais il continue de se battre. La banquise finira bien par se former autour d’eux, enfin il l’espère. 

À l’intérieur du bateau tout est gelé, au mieux il fait 10° grâce au poêle, heureusement leurs corps se sont incroyablement habitués aux basses températures.

Même quand la glace les immobilise enfin, Guirec reste occupé à survivre évoluant dans un décor qui prend des allures de fin du monde.

Nargué par un soleil qui ne se lève plus, il est à la merci des éléments, et doit lutter contre des glaces inconstantes. Elles se font et se défont au gré du temps exerçant des pressions sur la coque d’Yvinec, parfois tellement fortes qu’il se déforme de l’intérieur dans un vacarme effrayant.

Dans ces moments-là Guirec, impuissant, attend avec sa combinaison et ses sacs de survie qu’un geyser d’eau glacée implose.

Deux fois le voilier poussé par les tonnes de glaces s’échoue sur la côte, trois fois il pensera tout perdre. Mais la chance est avec eux, et le vent tourne à chaque fois en leur faveur.

De ces 4 mois et demi passés dans les glaces, ils connaîtront 10 jours de beau temps.  Il faut croire que les moments douloureux étaient le prix à payer pour profiter pleinement du spectacle. Côté terre le décor est magnifique, glaciers et montagnes les dominent de toute leur puissance. Côté mer c’est une étendue blanche qui s’éloigne à perte de vue. Dans cette nature vierge de toute emprunte de l’homme Guirec et Monique s’occupent : randonnée, ski, planche à voile, luge mais aussi pêche !

Par tous les temps, Guirec sort pêcher, il faut dire que du riz et des œufs tous les jours ce n’est pas très marrant ! Parfois, la visibilité est tellement nulle, qu’il lui faut s’attacher à un bout pour être certain de retrouver le bateau.

Lassé du froid, Guirec a également péché depuis son lit - bah quoi ? On est mieux sous la couette ! -  grâce à une idée particulièrement élaborée consistant à envoyer depuis le hublot une ligne avec des palans.

Malheureusement pour eux, leur pêche se résume à deux oursins ! Désespéré, Guirec s’est fabriqué une longue vue sous l’eau (avec une bouteille en plastique) pour voir où se cachaient les poissons. Système « ingénieux », mais sans succès évidemment.

Heureusement que Momo était là pour pondre des œufs, elle !

L’objectif est atteint en avril dernier ! 130 jours, 106 œufs et quelques plumes plus tard, la banquise a libéré leur bateau de l’hivernage. 

Le 2 avril 2016, trop impatient de retourner à la civilisation, il quitte sans regret la baie et son grand silence blanc.

Avec cette expérience Guirec a gravi un barreau de plus dans l’échelle des sensations. C’est ce qu’il voulait, il a approché ses limites, et celle du bateau, sans que cela ne tourne trop à la catastrophe.

Ressorti plus fort mentalement, il a appris à maitriser ses peurs et son sang froid. Il a aussi appris une chose : l’Homme est tout petit dans cette nature, nous ne pouvons pas la maîtriser juste nous y adapter.

Il a profité de cette expérience pour réaliser un documentaire retraçant leurs aventures.

Il souhaite faire passer un message à toutes les générations : "Ne mettez jamais vos rêves de côtés. Trois choses sont essentielles pour vivre ses passions et mener à bien ses projets : la détermination, la persévérance et la foi. Les seules barrières sont pour la plupart du temps celles que l’on s’impose."

Le documentaire est en cours de montage.

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November 25, 2015 it is time. In Saqqaq, the village where he lived for the past few weeks, everyone is thinking him crazy ! What a thrill ! But this time, he had dreamed about it since the brisk of time. At this time of the year the sun rises even higher, the mooring lines are dropped by a chilly night, it's -20° and everything is frozen on the bridge. Surrounded by ice, Guirec struggles to leave the small harbour.

The crew will spend the whole winter without any assistance, or means of communication. Total autonomy (36kg of rice for him, 60 kg of seeds for Monique). On board, life is really not funny every day.

The wind pushes into the bay, enormous icebergs that threaten Yvinec to break on the coast. To avoid the imminent disaster, Guirec has to daily haul back the 80 metres of anchor line by hand just to change location. Sometimes just as the tricky operation is finished, another iceberg shows the tip of its nose and all the process needs to be done all over again.

Guirec is at the end of his strength, but he continues to fight. The ice will form around them, and then, finally, hope.

Inside the boat everything is frozen, at most, the temperature rises to 10°, thanks to the stove. fortunately, their bodies are incredibly accustomed to low temperatures.

Even when the ice finally stalls, Guirec tries to keep busy in order to survive, evolving in a scenery that looks like the end of the world.

Mocked by a sun that never rises, he’s at the mercy of the elements, and must fight against the unstable ice. They form and break around the boat, exerting pressure on Yvinec’s hull, sometimes so strong that it alters the hull’s shape in a terrifying sound.

In these moments Guirec, helpless, waiting with his survival suit and his survival bag for a geyser of cold water to implode.

Twice the sailboat pushed by the tons of ice washes up on the coast, and three times he will think of everything to lose. But luck is with them, and the wind turns every time in their favor.

Of these 4 and a half months spent in the ice, the couple will experience 10 days of much deserved rest. It is necessary to believe that these painful moments were the price to pay to enjoy such a spectacle. On the land side, the scenery is beautiful, the glaciers and mountains dominate show all their power. On the sea side, it’s a white field that extends deep in the horizon. In this humble and true wilderness, Guirec and Monique spend their time as they wish : hiking, skiing, windsurfing, sledging but also fishing!

During this time, Guirec goes fishing, it must be said that the rice and eggs every day this is not very pleasant ! Sometimes the visibility was so lame, that Guirec would tie himself up to the boat in order to find his way back to the boat.

Tired of the cold weather, Guirec has also sinned since her bed - what ? It is better under the duvet ! - thanks to an idea particularly developed which is to send from the window a line of wire rope hoists. Unfortunately for them, their fishing boils down to two sea urchins! Desperate, Guirec has manufactured a long view under the water (with a plastic bottle) to see where is hidden the fish. An "ingenious" system, but without success obviously. Fortunately, Momo was there to lay eggs!

The objective is to be achieved in April ! 130 days, 106 eggs and a few feathers later, the ice has freed their boat from the wintering grounds.

April 2, 2016, all too eager to return to civilization, he leaves without regret the bay and its great white silence.

With this experience Guirec has climbed up a rung in the ladder of sensations. This is what he wanted, he approached its limits, and that the boat does not turn too much to the disaster.

Emerged mentally stronger, he learned to master his fears and his blood cold. He has also learned one thing: the Man is very small in this nature, we can't control it-just adapt to them.

He took this experience to make a documentary recounting their adventures. He wishes to pass on a message to all generations.

"Never put your dreams to the sides. Three things are essential to live its passions, and carry out its projects: the determination, the perseverance and the faith. The only barriers are for most of the time what would be needed."

A documentary is in editing. 

 
Pierre Simondet